AGACEMENTS

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DE L'ART DE FAIRE TAIRE UN AGITATEUR

Salut mes canards !

Il y a plusieurs manières d’éliminer les gens qui vous gênent.  « Dédé le foudroyeur » en sait quelque chose, lui qui a maintes fois, sur commande, fait passer de vie à trépas quelques personnages trop encombrants. Mais la méthode, pour efficace et hygiénique qu’elle soit, pour peu qu’elle fut exécutée dans les règles de l’art, n’en est pas moins moralement discutable. Le commun s’offusquera, à raison, du caractère définitif de la méthode et de son absence totale de respect pour l’existence humaine. Efficacité ne rime pas toujours avec humanité.

Une autre approche, moins radicale mais néanmoins efficace, consiste à museler d’une manière ou d’une autre l’importun qui ose vous mettre des bâtons dans les roues par ses intempestives interventions, quelle qu’en fussent les formes. Le plus efficace alors, est sans aucun doute de faire basculer l’ennemi d’hier dans votre camp. Il y sera accueilli à bras ouverts, dorloté et choyé comme peu de trésor et habillement endoctriné à grands renforts de démonstrations sur le but commun poursuivi : ton combat est le mien, tu as raison, mais tu te trompes sur la méthode. Viens chez moi, tu y seras plus efficace.

Rassuré par ces belles paroles, l’ennemi d’hier mollit et se laisse amadouer. De pitbull baveux et braillard il devient caniche à la botte de son maître, sage et obéissant.

C’est le sentiment que j’ai eu hier soir en découvrant, navré, la candidature d’Edouard Martin, syndicaliste CFDT ex-combattant de fait et cause pour ses collègues des hauts fourneaux lorrains, lorsqu’il annonça sa candidature aux prochaines élections européennes sur la liste socialiste devant le Pujadas de service.

On se souvient du personnage qui déclarait les yeux rougis de colère face aux caméras alors qu’il portait haut la voix des ouvriers trahis par le nouveau pouvoir : «Monsieur le Président, vous attendez quoi ? Qu'il y ait un malheur ici ? Eh bien, nous, on va être votre malheur!».

La sincérité de son action de l’époque n’est probablement pas à remettre en cause. Il constituait  de fait un aiguillon titillant le cœur du pouvoir. Se faire trahir par la droite, pour un ouvrier, c’est quelque chose d’attendu, on le sait, quand l’UMP fait du social, c’est toujours avec une arrière-pensée. Mais quand la gauche, prétendument de votre côté vous la met plus profond, il vous reste comme un goût d’amertume et une rancœur profonde. Un peu comme un consommateur berné par un vendeur peu scrupuleux. Médiatiquement parlant, ça la fiche mal pour les gens de gauche.

Mais les roseraies sont fines manipulatrices et le gars Edouard s’est emmêlé les pinceaux dans la mayonnaise infernale de la politique. Te voici pieds et poings liés, bâillonné, ligoté par ceux qui t’ont trahi, toi et tes frères de combat.

Je te cite, « camarade » :

«Je m'engage dans une nouvelle mission: je n'ai pas l'impression de m'engager en politique, dans le sens où je n'ai pas programmé de faire une carrière politique. J'ai simplement envie de continuer le combat que nous menons depuis maintenant plusieurs années sur le maintien de l'industrie en France et en Europe, et j'ai envie de le poursuivre à un autre niveau, au niveau européen, parce que c'est là que se prennent toutes les grandes décisions qui nous impactent»

Tu as été parfait hier soir, ta leçon bien apprise et récitée par cœur ne trompe cependant pas. Diluée au parlement européen, ta parole s’éteindra et surtout, tu cesseras de gesticuler contre le pouvoir en place.

Bravo Mr le président,  l’affaire est bien ficelée, mais la ficelle est un  peu grosse !

 

A+



18/12/2013
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