AGACEMENTS

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JEAN JAURES : LES NECROPHILES PARADENT

Salut mes Canards,

 

Alors ces vacances, ça se passe bien, hum ?

Il faut dire que l’été est l’occasion de se détendre, de profiter un peu de la vie, de faire tout ce que l’on n’a pas la possibilité de faire tout le reste de l’année. C’est aussi la saison des touristes qui envahissent les destinations exotiques : steppes d’Ukraine, plages de Palestine, envoutant désert d’Irak. La chaleur écrasante de l’été fait même chuter les insectes de tous poils. Si, si, regardez un peu, même les avions se cassent la figure de par le monde.

Mais on s’en fiche de tout ça. L’essentiel est ailleurs, sur la plage, transformée pour l’occasion en BBQ dermo-cancérigène où les « happy tax payers » peaufinent leur trépas et où les nymphes pré et post pubères singent les comportements navrants des ersatz de stars télévisuelles érigées en modèle par des médias complices.

Et puis cette année est un peu particulière puisque l’on commémore les 100 ans du début de la 1ere guerre mondiale. C’est vrai qu’ils ont fait fort les arrières grands-parents, rien qu’en France 1,4 million de jeunes gens déchiquetés sur les champs de bataille, sans compter les blessés. Il fallait une belle répétition avant de lancer le second affrontement pour confirmer l’extraordinaire capacité de l’être humain à s’autodétruire.

 

A ce propos, c’était hier  l’occasion de se souvenir de l’assassinat de Jean Jaurès, icône de la gauche, intouchable parmi les intouchables, érigé en demi-dieu par les partisans de la lutte finale et des classes réunies, pacifiste isolé dans une France revancharde depuis la claque de 1870 contre les hordes germaniques.

Il est vrai que le bougre s’était ému du sort de la condition ouvrière. Son discours, ses prises de position en ont fait l’avocat des causes populaires. A l’époque, la meilleure manière de faire pour remettre les prolos dans le droit chemin lorsque ces derniers osaient se plaindre, était de faire intervenir l’armée et de tirer dans le tas. Un peu expéditif, certes, mais les habitudes prises contre les communards étaient tenaces.

La face cachée du personnage est moins glorieuse. En 1894, à l’occasion de la condamnation du Capitaine Dreyfus, il prendra ouvertement position contre ce dernier en relevant au passage l’incohérence de la décision des juges militaires du fait que l’accusé échappât à la peine de mort, considérant la déportation comme une mesure de clémence étant donné que de simples soldats étaient passés par les armes pour des actes de violence passagère.

 Jusqu’en juin 1898, il lui arrive même de tenir des propos antisémites, je cite : "La race juive, concentrée, passionnée, subtile, toujours dévorée par une sorte de fièvre du gain quand ce n'est pas par la fièvre du prophétisme, manie avec une particulière habileté le mécanisme capitaliste, mécanisme de rapine, de mensonge, de corruption et d'extorsion" . Pas mal pour un fondateur du socialisme, non ? Tenez ces propos aujourd’hui, juste  pour voir…

Il ne ralliera le camp des dreyfusards qu’en octobre 1898, non pas par rejet de l’antisémitisme mais par un désir profond de justice, réagissant à la découverte du faux, produit par le commandant Henry à l’occasion du premier procès de Dreyfus. Il écrira notamment : "Si Dreyfus a été illégalement condamné et si, en effet, comme je le démontrerai bientôt, il est innocent, il n'est plus ni un officier ni un bourgeois : il est dépouillé, par l'excès même du malheur, de tout caractère de classe ; il n'est plus que l'humanité elle-même, au plus haut degré de misère et de désespoir qu'on puisse imaginer.  Nous pouvons, sans contredire nos principes et sans manquer à la lutte des classes, écouter le cri de notre pitié; nous pouvons dans le combat révolutionnaire garder des entrailles humaines; nous ne sommes pas tenus, pour rester dans le socialisme, de nous enfuir hors de l'humanité."

Il serait malvenu de lui jeter la pierre, d’autres ont, depuis lors, commis des retournements de veste bien plus grossiers et pour des motivations bien moins reluisantes. La recherche de la justice pour tous, qu’elle soit sociale ou judiciaire,  voilà ce qui peut résumer la quête de Jaurès.

 

Hier donc, ce fut l’occasion pour l’ensemble de la classe politique de récupérer le combat de ce personnage et de s’en revendiquer. Ben voyons…

La gauche « moderne » : Dépositaire auto-proclamée de la pensée jaurèsienne n’a cessé depuis lors de piétiner ses idéaux, les servant en soupe populaire aux masses abêties par manipulations et mensonges grossiers. Incapable de faire son auto-critique, de réviser ses dogmes d’un autre âge (depuis la fin du XIXe siècle, la société a un peu évolué...), de proposer de vraies solutions quitte à remettre en cause certains acquis, elle s’enlise dans ses contradictions, condamnant à moyen terme toute forme d’alternative au capitalisme aveugle.

La droite « républicaine » : Grande humoriste en la circonstance, sa légitimité pour se revendiquer des idéaux de Jaurès n’a d’égal que celle de Kim Jong Un pour la défense des libertés individuelles. Surfant sur les scandales, les affaires internes, les luttes de pouvoir, et trafics d’influence divers,  son seul droit ici aurait dû être celui de fermer sa gueule.

La droite « pas républicaine » (si je dis extrême, je prends un procès) : populiste à souhait, maître illusionniste d’un avenir meilleur, tout est bon pour rassembler les déçus aveugles des précédents prêts à tout pour rejoindre un troupeau.

La gauche extrême (là je peux le dire !) : Je ne l'ai pas entendue la ramener, ce dont, pour une fois,  je la remercie. D'un autre côté, il me semble qu'elle se revendique plus des Lénine, Staline, Trotsky et autres personnages fanatiques des combats révolutionnaires anarco-idéalistes, aux mains tâchées de sang et sourds à toute forme d'expression autre que la sienne.

 

Il est des idées qui sont au-delà des partis, qui vont de soi : justice, préservation de l’environnement, libertés individuelles, ...

Cessez donc les effets d’annonce, les parades, les gesticulations vaines, les théâtrales envolées médiatiques, de nos jours, le crédit vient des actes et des résultats, pas des belles paroles.

 

A+



01/08/2014
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